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 Jacques-Alain Miller répond aux anti-Freud

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Jean-Cyrille
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MessageSujet: Jacques-Alain Miller répond aux anti-Freud   Lun 17 Oct - 11:47

Freud est un menteur et un mystificateur, clament les partisans des
thérapies comportementales et cognitives. Ils le disent dans le « Livre
noir de la psychanalyse » (éditions Les Arènes). Jacques-Alain Miller,
l'un des chefs de file de la psychanalyse, répond à ces « braillards
haïssant Freud».
Emilie Lanez

Définition du métier de psychanalyste : « Profession qui, après tout,
doit sa propre existence et sa propagation à une pléthore de personnes
crédules, prêtes à se payer le luxe d'abdiquer leur souveraineté
mentale à quelqu'un d'autre et tentant trop souvent désespérément de se
décharger de la responsabilité morale du naufrage de leur vie. »
Définition de la psychanalyse : « Une théorie omnisciente qui ne repose
finalement que sur la dépendance à la vie de personnes souffrantes. »
Voici pour le fond... et la forme. « Le livre noir de la psychana lyse
», paru aux éditions Les Arènes, ne fait pas dans la litote. Son
propos est martial : démasquer la psychanalyse, qui, prétendant
soigner, ne servirait qu'à entretenir les patients dans leur plainte
narcissique.

Ce livre collectif scande la bataille acharnée opposant en France
depuis deux ans les psychanalystes, disciples de Freud, aux partisans
des thérapies comportementales et cognitives. Ces encore méconnues TCC
sont nées dans les années 60 aux Etats-Unis. Ce sont des thérapies
mises en oeuvre par près d'un millier de praticiens (psychiatres ou
psychothérapeutes) qui, se basant sur les théories de l'apprentissage
et du conditionnement, conduisent le patient à se débarrasser d'un
symptôme en quelques séances. Exemple : un timide sera, par une série
d'exercices, invité à prendre la parole devant un auditoire, puis à se
faire remarquer en public, enfin il chantera à tue-tête « Joyeux
anniversaire » dans une rame de métro bondée. Une thérapie « efficace
», disent ses praticiens.
Les adeptes des TCC, dont Mikkel Borch-Jacobsen et Didier Pleux, deux
auteurs du « Livre noir de la psychanalyse », reprochent à la
psychanalyse d'être « une idéologie dominante qui véhicule des vérités
contestables ». Leurre thérapeutique, « elle prétend être une thérapie
et guérir, alors elle doit accepter d'être évaluée », ajoute Christophe
André, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris, car « on ne peut en
2005 dispenser des soins sans les évaluer ». Evaluation, ainsi se nomme
la hache de guerre qui oppose si frontalement partisans des TCC et
psychanalystes. Les TCC sont évaluées depuis vingt ans par des études
anglo-saxonnes et donnent à cette aune des résultats satisfaisants. Les
psychanalystes refusent d'entendre parler d'évaluation. Marotte
comptable, disent-ils, arguant qu'il est impossible d'évaluer une cure,
fondée sur la parole, dont les effets thérapeutiques peuvent être
variés, invisibles, différés, en tout cas inquantifiables. Evaluer la
psychanalyse, c'est ramener, selon ces petits-fils de Freud, la
complexité de l'existence humaine à un schéma mathématique pour
contenter les managers de la Sécurité sociale.

Freud a vieilli ? Si « Le livre noir de la psychanalyse » marque une
virulente étape, il fut précédé de deux épisodes. En juin 2003, c'est
l'amendement Accoyer, du nom du député UMP qui vise à réglementer
l'usage du titre de psychothérapeute. Levée de boucliers des
psychanalystes. La loi sera votée, mais, faute de décrets
d'application, n'est toujours pas appliquée.
Deuxième étape, la publication en juin 2004 d'un rapport d'expertise de
l'Inserm qui, sur la base d'études internationales, conclut que les TCC
sont plus efficaces que les « psychothérapies relationnelles », dont la
psychanalyse. Et, coup de théâtre, alors que ce rapport émane d'un
organisme public à la demande d'un service gouvernemental, le ministre
de la Santé, Philippe Douste-Blazy, le retire in extremis. Les
psychanalystes jubilent. Les partisans des TCC rappellent que ce
rapport avait pour origine la demande de plusieurs associations
représentant quelque 4 500 patients ne sachant trop par qui, comment et
pourquoi se faire soigner quand ça va mal.
Depuis, les armes se fourbissent. Pourquoi, réclament les partisans des
TCC, ne pas admettre que Freud a vieilli, qu'il s'est trompé, que les
neuro-sciences lui donnent tort et que leurs thérapies soignent mieux
que de sempiternelles séances de divan où l'on s'épanche dans un
silence complice ? Archifaux, répliquent les psys. Une personne
phobique de l'ascenseur, à laquelle les TCC auront enseigné comment
prendre l'ascenseur, aura évacué son symptôme, mais l'origine
inconsciente de cette phobie n'aura pas été entendue.

Et le symptôme resurgira, prédisent-ils. « Les psychanalystes sont aux
abois. Nos outils sont simplistes face à des souffrances complexes,
mais ils obtiennent des résultats, ajoute Christophe André ; et il
m'arrive d'envoyer des patients qui vont mal vers des psys. » La
réciproque est rare. Ce qui signifie, docteur ?


Interview : Jacques-Alain Miller

Le Point : L'amendement Accoyer puis le rapport de l'Inserm et enfin ce
« Livre noir de la psychanalyse », comment expliquez-vous ces assauts
de plus en plus virulents ?


Jacques-Alain Miller : Un livre comme ça, j'en voudrais un tous les ans
! Ça fait l e plus grand bien aux psychanalystes d'être régulièrement
étrillés, passés au crin ou à la paille de fer. Le président Mao disait
: « Etre attaqué par l'ennemi est une bonne et non une mauvaise chose.
» Constatons que la psychanalyse existe très fort, pour être ainsi
assiégée depuis deux ans, aux niveaux politique, scientifique, et
maintenant médiatique. Il faut supposer qu'elle recèle quelque chose de
très précieux, dont les psychanalystes sont les gardiens,
éventuellement ignorants.


Pourquoi les psychanalystes refusent-ils l'évaluation comparative des
thérapies ?


Les thérapies comportementales et cognitives, les TCC, sont des
produits récents, formatés sur mesure pour aider les gestionnaires de
la santé à baisser les coûts. Car l'enjeu de la dispute, c'est le
marché du mental. Jusqu'où «marchandiser» et «sociétaliser» le mental
sans cesser d'être une société de liberté et un Etat de droit ? La
psychanalyse est aujourd'hui comme une enclave où ne vaut pas le ratio
coût/profit. Elle est d'autant plus nécessaire et d'autant plus
attaquée que le ratio de rentabilité gouverne tout le reste. La
psychanalyse, c'est comme Astérix !
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Jacques-Alain Miller répond aux anti-Freud

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