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 Situation du titre de psychothérapeute en Belgique (extrait)

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Jean-Cyrille
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MessageSujet: Situation du titre de psychothérapeute en Belgique (extrait)   Mar 1 Fév - 16:18

RAPPEL HISTORIQUE

Cela fait un peu plus de quatre années maintenant qu'un débat concernant la réglementation des professions psy est venu sur la scène politique belge. Son instigateur était Bob Cools, docteur en psychologie et, à l'époque, ancien président de la VVKP (association des psychologues cliniciens flamands, toutes orientations confondues). En tant qu'attaché de cabinet en charge de ce dossier chez Magda Aelvoet et ensuite Jef Tavernier, il a rédigé et défendu avec passion quatre projets de loi. L'un d'eux (celui concernant la psychologie clinique) avait d'ailleurs déjà été approuvé par le gouvernement et n'avait plus qu'à être entériné par le parlement.

Ces projets faisaient rentrer les professions psy (psychologues cliniciens, ortho-pédagogues, sexologues et psychothérapeutes) dans l'arrêté royal 78 réglementant les professions médicales (« l'art de guérir »). Le nom de cet arrêté a été transformé, pour la circonstance, en « arrêté royal réglementant les professions de santé. » Ces projets plaçaient les professions psy au même niveau que les professions infirmières et kinésithérapeutes. Elles étaient soumises à une idéologie, une logique et un fonctionnement médical, y compris sur le plan déontologique (ex. obligation d'organiser des services de garde, obligation de transmission des données,…). Enfin ces projets cautionnaient le fait que tout médecin puisse accomplir les actes de ces quatre professions sans formation spécifique, disqualifiant ainsi la formation de celles-ci, y compris celle des psychiatres.

Le projet psychothérapie prévoyait au départ deux niveaux de pratiques : la psychothérapie, exercée par les psychologues et les psychiatres, et le counseling (exercé par les praticiens d'études supérieures non universitaires). Bob Cools se faisait fort de faire voter ces projets et ce d'autant plus qu'il bénéficiait de l'appui inconditionnel de la VVKP, membre influente de la fédération belge des psychologues.

Je précise encore que Bob Cools défendait la position des cognitivo-comportementalistes (majoritaires en Flandre) qui considèrent que les seules psychothérapies valables sont celles qui sont validées par des études scientifiques s'appuyant sur des statistiques, que la psychothérapie doit s'enseigner à l'université par des docteurs en psychologie et/ou des psychiatres, position soutenue par la Fédération Belge des Psychologues, malgré l'opposition des associations francophones membres. Après une petite concertation qui, pour lui, n'était que pure formalité, ces projets devaient être approuvés rapidement par le parlement.

C'était compter sans les psychologues d'orientation psychanalytique. Habitués à découvrir le sens caché des mots et à lire entre les lignes, ceux-ci, via l'APPPsy (association des psychologues praticiens d'orientation psychanalytique), ont tout de suite perçu le danger que représentaient ces projets pour le monde psy et, au-delà, pour notre liberté de pensée à tous. Alerté par l'APPPsy, un petit groupe a formé le noyau de départ de la lutte contre ces projets réducteurs et peu respectueux des pratiques existantes sur le terrain. Ce petit groupe réunissait des représentants de l'APPPsy, de la Fédération Francophone Belge de Psychothérapie Psychanalytique, de la Société Belge de Psychanalyse, de l'IFISAM et de Psycorps. Depuis, ce groupe n'a cessé de se battre contre ces projets, menant en parallèle un travail d'information du monde psy, toutes professions et orientations confondues, et un travail de conscientisation et de réflexions avec les politiques. Ce groupe s'est rapidement élargi à des représentants d'autres associations.

A la demande d'Ecolo, un large groupe de réflexion s'est mis en place qui a rédigé un projet de loi reprenant les revendications du terrain. Ce projet a été d'emblée rejeté par Agalev. Grâce à la mobilisation, un projet de loi cadre a également été rédigé avec les acteurs du terrain et déposé par Yvan Mayeur et Colette Burgeon, deux parlementaires PS. Le petit groupe-noyau de départ a rencontré des représentants des différents partis au pouvoir et dans l'opposition.

La mobilisation mise en place (conférence de presse suivie d'articles, pétitions déposées chez Verhofstadt, gouvernement inondé de mails) a permis que les projets Aelvoet-Tavernier soient arrêtés lors de la législature précédente.



OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?

A l'heure actuelle, trois propositions de loi sont déposées par des parlementaires :

Yvan Mayeur (PS) a redéposé le projet qu'il avait rédigé avec des représentants du secteur, après l'avoir retravaillé avec ceux-ci. Le même projet a été déposé au sénat par Guy Cornil (PS). Yvan Mayeur est un homme du terrain, ouvert au dialogue, qui, depuis qu'il a été sensibilisé au problème, défend la position des francophones. Il est actuellement président de la commission santé de la Chambre.

Muriel Gerkens (Ecolo) a déposé un projet qui reprend ceux d'Aelvoet-Tavernier avec les différents amendements demandés à l'époque par les francophones.

Vandenberghe, De Roeck, Geerts (SP/Spirit) et De Schomphelaere (Cd&V) ont déposé un projet au sénat qui reprend les idées … du projet Aelvoet.

Tous ces projets sont accessibles sur le site de la chambre ou du sénat.

Néanmoins, il faut savoir qu'un projet de parlementaire a moins de chance de passer qu'une proposition de loi déposée par un ministre. Actuellement, il n'y en a aucune, mais nous savons que Rudy Demotte (ministre de la santé PS) y travaille dans le plus grand secret (aucun texte officiel accessible à ce jour). Nous savons que Bob Cools est resté actif sur le plan politique, que c'est lui qui est derrière le projet déposé par les parlementaires néerlandophones. Nous savons aussi qu'il a gardé un statut d'expert auprès du ministère de la santé. Nous savons enfin qu'il reste déterminé à porter ses « bébés » sur les fonds baptismaux.



QUELS SONT LES ENJEUX ET LES QUESTIONS QUI SE POSENT ?

1. Une loi est-elle nécessaire ?

L'objectif de ces législations est (officiellement) de protéger les patients, ce qui est un objectif très louable que nous soutenons. Bob Cools avait avancé l'argument des sectes. Certes le problème existe, mais l'AR 78 n'a jamais empêché un médecin d'être gourou. Pourquoi serait-il plus efficace pour les psy ? Cependant il faut reconnaître que le fait que la déontologie des psychologues ou des associations de psychothérapeutes n'ait aucune force de loi, donc aucune valeur contraignante, n'est pas de nature à protéger efficacement des abus.

Un domaine où les abus existe effectivement est celui de la pratique de la psychothérapie. Quiconque peut se dire psychothérapeute ou psychanalyste et recevoir des personnes en difficultés sans avoir la moindre formation, sans avoir fait de travail sur lui-même et sans devoir rendre des comptes. A ce niveau, on pourrait dire qu'une loi est souhaitable. Une loi de protection du titre aurait été largement suffisante. Mais la matière est complexe parce qu'une telle loi chevauche le fédéral et le communautaire…

Néanmoins, quels que soient nos états d'âme sur le sujet, le politique veut légiférer en la matière et ce d'autant plus qu'il s'agit d'un mouvement global en Europe et ailleurs. De plus, les néerlandophones sont très demandeurs.

2. Quels types de projets sont possibles ?

Trois types de projets sont possibles sur le plan juridique : une loi d'exercice, une loi de protection du titre, une loi reconnaissant une fédération ou un ordre régissant la profession.

Bob Cools avait proposé des projets de loi d'exercice, c'est-à-dire des projets qui définissent les actes et ceux qui peuvent les poser. Avec une loi d'exercice, ne peuvent pratiquer que les personnes agréées par la loi (quelque soit le nom qu'elles se donnent : psychothérapeute, psychanalyste, coach, conseiller,…). Il avait voulu nous faire rentrer dans l'arrêté qui régit les professions médicales et paramédicales (probablement dans l'objectif futur -mais tout à fait illusoire pour les francophones- d'être un jour remboursés par la mutuelle). Ce type de loi dépend du ministre de la santé.

Une loi de protection du titre détermine qui a droit de porter le titre protégé et dans quelles conditions (notamment d'études et de formations). Elle ne protège pas les actes. Ainsi une personne qui pratique mais qui ne rentre pas dans les critères fixés par la loi, pourrait continuer sa pratique mais ne pourrait pas porter le titre concerné. Une telle loi dépend du ministère des classes moyennes et des communautés pour ce qui est de l'enseignement. C'est ce qui la rend complexe, dans la mesure où le diplôme de thérapeute ne serait pas universitaire.

Autre alternative : créer des fédérations professionnelles qui seraient agréées par le ministère des classes moyennes comme étant habilitées à fixer les modalités de formation et la reconnaissance des écoles. Chaque grande orientation (psychanalytique, systémique, comportementaliste, humaniste,…) pourrait avoir sa fédération qui regrouperait l'ensemble des écoles existantes pour autant qu'elles remplissent les critères minima de formation définis par la fédération en fonction de son orientation. A l'heure actuelle, une telle fédération existe chez les systémiciens et une autre est en cours d'élaboration chez les psychanalystes.

6. Notre situation est-elle la même qu'en France ?

On a beaucoup parlé de la situation française et de la loi Mattéi. Beaucoup ont pris conscience du problème à cette occasion. Cela a eu le mérite de faire réfléchir un plus grand nombre chez nous. Mais notre situation n'a rien de comparable avec la France. D'abord, la psychanalyse n'occupe pas chez nous la même position « politique » qu'en France. Ensuite, nos politiciens sont un peu plus à l'écoute que les Français. Les projets envisagés ne sont pas les mêmes.

Enfin nous sommes mondialement connus pour notre spécialité du « compromis à la Belge », capacité de faire coexister des contraires et que cela fonctionne quand même.

7. Faut-il séparer psychanalyse et psychothérapie dans ce débat ?

Les séparer risque de nuire à la solidarité dont nous avons à faire preuve. Au Québec, les psychanalystes se sont tenus à l'écart du débat qui nous agitent aujourd'hui et le regrettent amèrement parce qu'ils n'ont plus voie au chapitre. Mais au-delà, je pose la question du sens d'une séparation ? Je parle de séparation et non de distinction. Pour ma part, j'ai suivi différentes formations : psychanalyse, systémique et diverses approches humanistes. J'appartiens actuellement à une école psychanalytique qui travaille dans la filiation de Ferenczi.

Qui sommes-nous, nous analystes, pour juger que nous sommes l'or et tous les autres le plomb ? Et la plupart du temps, pour juger sans connaître réellement le travail des autres. Chaque approche a sa spécificité, sa richesse, ses outils et ses limites (y compris la psychanalyse, je devrais dire les psychanalyses). Certaines approches sont plus indiquées pour certaines personnes, ou dans certaines circonstances, ou correspondent mieux au type de demande de l'individu.

La spécificité de la psychanalyse est dans la connaissance qu'elle a du décodage de l'inconscient et sa capacité à manier le transfert et le contre-transfert. La spécificité de la systémique est dans la connaissance de la complexité des relations dans un groupe. Il est même faux de croire que la psychanalyse travaille la liaison et la déliaison, alors que les thérapies ne travaillent que la liaison. Dire cela, c'est méconnaître le travail des autres approches. Certes certaines ne travaillent qu'à ce niveau-là. Mais il existe des approches non psychanalytiques qui travaillent aussi la déliaison.

Ainsi donc la psychanalyse n'est pas une psychothérapie, les effets thérapeutiques ne sont pas recherchés, ils arrivent « de surcroît » (sans garantie !). Hélas, je pense qu'il n'y a plus que les psychanalystes qui le croient. Je sais que je vais choquer beaucoup de mes collègues et amis en écrivant cela. Descendons de notre tour d'ivoire et ouvrons les yeux sur notre patientèle. Jacqueline Harpmann avait intitulé un exposé donné il y a quelques années : « Mais où sont les névrosés qu'on nous avait promis ? » Qui vient encore faire une analyse pour mieux se connaître ? La quasi totalité de nos patients viennent parce qu'ils souffrent et qu'ils espèrent que cette démarche va contribuer à diminuer leur niveau de souffrance, qu'elle va les faire sortir des répétitions mortifères dans lesquelles ils s'enlisent. Ils attendent tous un mieux-être du travail qu'ils font avec nous, ou au minimum des outils pour mieux gérer leur situation. Leur répondons-nous : « Vous voulez aller mieux ? Allez voir un psychothérapeute. » ? A l'exception des « initiés » (les psychanalystes), tout le monde considère que la psychanalyse est une forme de psychothérapie avec son cadre très particulier. C'est aussi le cas des politiques dont certains ont fait une analyse personnelle qui ne les a pas fait changer d'avis sur le sujet ! Bien sûr, nous savons la différence que NOUS mettons entre le signifiant psychothérapie et le signifiant psychanalyse. Mais les autres l'ignorent et … s'en désintéressent royalement.

Au-delà de ces aspects, comment allons-nous gérer la situation, de plus en plus fréquente, des analystes qui travaillent hors cadre ou hors de la cure type ? Vont-ils perdre leur spécificité d'analyste ? Ou seront-ils analystes certaines heures de la semaine et psychothérapeutes les autres heures ? Dans quelle fédération vont-ils devoir s'inscrire ?

La psychanalyse est-elle une technique (un setting) ou une théorie (de l'inconscient) ? Qu'est-ce qui fait qu'une approche est analytique ou ne l'est pas ? J'ai toujours cru que la psychanalyse se définissait par sa prise en compte de l'existence de l'inconscient et que ses outils essentiels de travail étaient l'association libre, l'analyse du transfert et du contre-transfert. Mais peut-être je me trompe ?

Le fait de faire partie d'une loi, à fortiori de la même loi, va-t-il faire disparaître la spécificité de la psychanalyse ? Je ne vois pas pourquoi. La psychanalyse a toujours su rester subversive. Pourquoi cela changerait-il dès lors qu'une loi existe ? Faut-il nécessairement être hors la loi pour être subversif ? (NB. Ces réflexions n'engagent que moi)

Brigitte Dohmen, janvier 2005 ( brigittedohmen@tiscali.be)
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Situation du titre de psychothérapeute en Belgique (extrait)

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